Q1. Le président Emmanuel Macron s’est rendu à Québec et Montréal les 8 et 9 juin 2018 à l’occasion du sommet du G7. Il a rencontré le premier ministre canadien Justin Trudeau. Parmi les sujets évoqués : lutte contre le changement climatique, promotion de la francophonie, échanges commerciaux et culturels … Que retenez-vous de cette visite ?

Il me semble tout d’abord que le président français et le chef de gouvernement canadien partagent des points communs. Ils incarnent tous deux une nouvelle génération de leaders et une forme de renouveau politique. Ce phénomène est récent tant en France qu’au Canada. Dans un contexte difficile à l’égard des Etats-Unis, notamment sur les questions commerciales, Emmanuel Macron et Justin Trudeau ont fait front commun. La décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane sur l’acier et l’aluminium a été justifiée par la volonté de réduire le déficit commercial américain. Cette vision très protectionniste n’est pas partagée par les alliés historiques des Etats-Unis. En effet, la France et le Canada considèrent  que le libre échange et l’ouverture du commerce favorisent la prospérité économique.

Q2. Vous avez été négociateur en chef du CETA (Accord Economique et Commercial Global entre le Canada et l’UE) pour la province du Québec. Pouvez-vous dresser un premier bilan un an et demi environ après son adoption au parlement européen le 15 février 2017 ?

Dans le cadre de la mondialisation des échanges, l’objet du CETA revêt plus que jamais toute sa pertinence. Conçu pour faciliter l’exportation de biens et services  dans l’Union européenne comme au Canada, au travers de la suppression de barrières douanières, cet accord commercial est entré en vigueur à titre provisoire le 21 septembre 2017. Il est donc trop tôt pour évaluer ses effets. Toutefois, l’on peut dire que le CETA contribue à la stabilisation de l’économie. Une augmentation des exportations de biens de l’Europe vers le Canada, en particulier dans le secteur alimentaire, a déjà pu être observée.

Q3. Selon vous, comment est perçue par la France aujourd’hui sur la scène internationale ?

Le contexte européen est aujourd’hui complexe. Le président Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel sont les deux principaux acteurs de la consolidation de l’Union européenne et de la zone euro. Le couple franco-allemand constitue une alliance forte dans la réaffirmation du soutien aux institutions européennes. Ensemble, la France et l’Allemagne doivent réfléchir à des solutions communes pour répondre aux grands défis auxquels l’Europe est confrontée, en particulier la crise des migrants. Dans un environnement marqué par le Brexit et la montée des populismes dans plusieurs pays européens tels que la Hongrie, la Pologne, plus récemment l’Italie, la France et l’Allemagne doivent être moteurs et montrer la marche à suivre. Alors qu’Angela Merkel doit prendre des décisions dans un gouvernement de coalition, Emmanuel Macron a la capacité de se démarquer comme chef de file

Je partage avec vous un ressenti personnel. Je suis venu en Europe plus d’une centaine de fois en près de quatre décennies. Je me souviens qu’il y a quelques années, il était impensable de critiquer les institutions européennes qui étaient alors considérées comme importantes. Aujourd’hui, force est de constater que la situation a évolué. Il n’y a pas d’adhésion spontanée aux institutions européennes. L’une des raisons réside peut-être dans le fait que les jeunes générations n’ont pas connu la guerre. Pour moi, cela explique en partie la situation politique actuelle.

Q4. Vous interviendrez dans la table ronde « Pourquoi s’internationaliser en francophonie ? » le 8 novembre 2018 dans le cadre des Rencontres d’Affaires Francophones. Quels sont les leviers à activer pour renforcer le leadership des pays de l’espace économique francophone ?

Le commerce, c’est avant tout une affaire de personnes ! Ce n’est pas abstrait, sauf lorsque l’on évoque le commerce sur internet. Le commerce est une formidable opportunité de communiquer, d’échanger, de former des alliances, de créer des partenariats, ce qui conduit généralement à une augmentation des affaires et une croissance d’activités. Les gouvernements doivent encourager les personnes à « commercer » entre elles et les industriels doivent se rencontrer pour passer des accords, faire des transactions, capitaliser des entreprises, distribuer des produits, renforcer les échanges avec des pays tiers , en particulier dans le secteur manufacturier. Je pense que les Rencontres d’Affaires Francophones constituent un environnement particulièrement favorable pour permettre des interactions.

Q5. Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant de PME/PMI désireux de développer son entreprise à l’international ?

Développer son activité à l’international ne s’improvise pas.  Il faut tout d’abord avoir une solide connaissance du marché cible que l’on souhaite pénétrer. Deuxièmement, il est nécessaire de maitriser le champ concurrentiel. Troisièmement, il faut être capable de développer des réseaux localement. Enfin, il ne faut pas hésiter à s’entourer de conseils qualifiés sur les questions de marché, de financement, de droit et de marketing. En résumé, il est fondamental de mettre en place une démarche structurée qui sera encadrée par un professionnel de l’accompagnement à l’international. Mission Internationale est un bel exemple d’ensemblier qui sait évaluer le potentiel de développement et réunir un bouquet de ressources adapté à la situation de chaque entreprise.