Le Club ADEME International est un réseau d’éco-entreprises innovantes dédié à l’international. Il réunit aujourd’hui 150 entreprises adhérentes dans les domaines de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets, de la qualité de l’air, de la dépollution des sols.

Q1. Selon vous, quels sont les nouveaux outils de soutien disponibles pour aider les éco-entreprises à se développer à l’international ?

En France, le panorama des outils de financement et d’accompagnement des ETI et PME/PMI dans leur développement à l’international est assez vaste. Je citerai, tout d’abord, les financements de prêts et d’investissements proposés principalement par deux grands acteurs publics, BPI France et Business France. Peut-être moins connu, le Fonds d’Etude et d’Aide au Secteur Privé (FASEP) est piloté par la direction générale du Trésor. Il se décline en plusieurs formules, notamment le FASEP-Innovation verte qui vise à financer des démonstrateurs de technologies innovantes dédiées à l’environnement et au développement durable. Cet outil est particulièrement intéressant pour les entreprises qui ont identifié un marché et ont besoin d’un coup de pouce. L’une des entreprises exemplaires que nous avons accompagnée, basée en région Nouvelle Aquitaine, a réussi à trouver des débouchés commerciaux au Sénégal pour vendre ses solutions d’éclairage LED et solaire.

Par ailleurs, il existe des réseaux d’entreprises au plan régional et national, parmi lesquels le Club ADEME International, qui jouent un véritable rôle d’accompagnateur et d’aiguilleur. En effet, ces réseaux orientent les entreprises vers des dispositifs de financement adaptés et les mettent en relation avec les bons interlocuteurs dans le cadre de la recherche d’expertises spécifiques (RH, implantation, projets internationaux…).

Q2. D’une manière générale, comment donner l’envie aux PME françaises de se développer à l’international ?

Un dirigeant à la tête d’une entreprise innovante est toujours motivé à l’idée de diffuser sa solution au delà des frontières hexagonales dans la perspective de la promouvoir sur des marchés prometteurs. « Sky is the limit ! » comme diraient nos amis anglo-saxons. Dans le cas des éco-technologies, les énergies solaires notamment, le potentiel de développement en Afrique est important. Et ce serait une erreur de ne pas y aller ! Il est toujours utile de rappeler que l’international est un relais de croissance pour les entreprises. Je prends un exemple concret. Le moratoire décidé par le gouvernement français fin 2010 sur les installations solaires avait mis à mal le secteur et ses acteurs. Les entreprises qui ont su se positionner à ce moment là, en dépit d’un contexte peu porteur, bénéficient aujourd’hui d’un leadership incontestable. Prendre des risques calculés peut s’avérer payant dans la durée !

Q3. Avez-vous des conseils pour les PME/PMI qui agissent pour la transition énergétique et sont désireuses de s’internationaliser en francophonie ?

La francophonie est un ensemble vaste qui recouvre une pluralité de réalités. Entre l’Afrique sub-saharienne, l’Amérique du Nord ou encore l’Asie, il existe bien sûr des similitudes mais aussi des différences. Pour parler concrètement, quand le décalage horaire est important comme avec le Canada, il est essentiel d’avoir une équipe en local qui comprend ce qui se passe sur place, les enjeux, les acteurs et qui rassure les clients. Autre exemple : en Afrique, la perception du temps n’est pas la même que chez nous. Il est important de garder le cap de ses objectifs. Avoir une présence en local est clé parce que l’on a une meilleure compréhension de la dynamique à l’œuvre sur les marchés, un accès facilité aux acteurs mais aussi une compréhension plus fine des circuits décisionnels parfois complexes et du cadre administratif et juridique. Il faut aussi encourager les dirigeants d’entreprise qui souhaitent se lancer dans le « grand export » à se rapprocher de leurs pairs qui ont déjà franchi cette étape et ont un vécu dans la zone. Et ce, pour recueillir leur conseils et retours d’expérience en parallèle d’avis d’experts.

Récemment, nous avons accompagné une entreprise toulousaine dont la volonté était de s’implanter au Maroc. La société a abordé de façon méthodique sa réflexion sur sa stratégie d’internationalisation. Elle a travaillé avec des conseillers sur la démarche globale et avec des experts qualifiés sur la question de l’interculturalité, Le Club ADEME International l’a aidée sur le montage du premier pilote et l’a informée des dispositifs de financement existants, notamment le FASEP. Une fois la filiale ouverte au Maroc, l’entreprise a recruté des VIE et des experts locaux. Aujourd’hui, elle remporte de nombreux marchés. C’est, de mon point de vue, un bel exemple de « success story ». Mais, j’ai aussi observé des échecs. D’après mon analyse, les démarches d’internationalisation qui n’aboutissent pas, rencontrent généralement des problématiques de financement et/ou administratives complexes. Parce que peu ou mal accompagnés, les dirigeants ne se sentent pas suffisamment armés pour avancer et se retrouvent découragés. J’ai le souvenir d’une entreprise dans le domaine de l’eau qui souhaitait prendre pied au Vietnam. Les modalités de création d’une structure locale étaient très contraignantes au point que le projet n’a finalement pas vu le jour. Même quand les études de faisabilité sont favorables, il y a encore un long chemin à parcourir.

Q4. Dans le cadre des Rencontres d’Affaires Francophones qui auront lieu le 8 novembre à Paris, vous interviendrez dans la table ronde « Financements publics/privés à l’international pour les PME/PMI et ETI ». Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

Ces Rencontres organisées par Mission Internationale seront une excellente occasion de rencontrer des entreprises qui ont remporté de beaux succès dans l’espace de la francophonie. Ce forum est une opportunité de réunir des participants et des intervenants d’univers très différents. Le spectre géographique et culturel qui sera couvert promet d’être large, du Québec en passant par les Caraïbes à l’Afrique du Nord et l’Afrique sub-saharienne. Le Club ADEME International sera tout naturellement présent à l’événement car nous souhaitons y promouvoir nos entrepreneurs et leur savoir faire, en particulier dans le domaine des solutions bas carbone. Nous viendrons avec une trentaine d’entreprises. Je suis heureux de rajouter que le chiffre d’affaires export de nos 150 entreprises adhérentes a progressé de +20% entre 2015 et 2016. Si les talents des entrepreneurs et le caractère innovant des solutions y sont pour beaucoup, le Club ADEME International crée les conditions propices de la croissance grâce notamment à l’échange de bonnes pratiques et au développement d’offres intégrées de projets innovants à l’international.