Q1 : Vous êtes l’auteur du rapport « Team France Export ». Quelles sont vos propositions pour innover et mieux soutenir les entreprises françaises à l’international, et plus largement, être plus performant collectivement ?

Le dispositif français d’accompagnement à l’export est éclaté entre plusieurs acteurs dont les légitimités concurrentes, et pas assez coopératives, empêchent de partager une vision stratégique et de s’organiser efficacement en conséquence. C’est pourquoi Business France a pris l’initiative de refonder le service public de l’export en proposant aux différents acteurs de mettre en commun nos moyens et nos objectifs. La « Team France Export » que nous sommes en train de constituer poursuit un double objectif : 1) mettre en place un dispositif simple et lisiblepour les entreprises : un guichet unique en Région ; un seul correspondant de Team France Export à l’étranger ; 2) offrir un accompagnement encore plus efficace, via le renforcement des moyens du service public en Région.

Pour mobiliser plus d’exportateurs, une « plateforme régionale des solutions » mutualisera toutes les ressources locales pour détecter, préparer, orienter les primo-exportateurs. Et pour susciter plus d’exportations, un dispositif de coaching de proximité associera, dans les territoires, des équipes CCI, Business France, Bpifrance et tous les acteurs publics et privés. Il proposera des parcours et services différenciés pour répondre aux attentes spécifiques de chaque entreprise en fonction de sa maturité pour l’international. Le secteur privé sera associé en amont comme en aval aux interventions du service public, et pourra développer son offre de services dans une logique de complémentarité et de relais de l’action publique.

Q2 : Comment la France est-elle perçue aujourd’hui dans le monde ?

Depuis l’élection présidentielle, il y a un an, l’image de notre pays s’est améliorée. La part des investisseurs étrangers qui jugent la France « attractive » s’est accrue de 10 points en 2017, pour atteindre 84 % (sondage Kantar Public). Notre pays exerce aussi une plus grande influence à l’international : il a pris l’année dernière la tête du classement des nations les plus influentes au monde en matière de « soft power ». Enfin, avec le Brexit, la France renforce sa position dans l’Union européenne.

Ces changements ont eu un impact immédiat sur notre attractivité : le nombre de projets d’investissement étrangers a augmenté de 16 % l’année dernière. Les investisseurs créditent la France d’un large éventail d’atouts : sa position géographique et la qualité de ses infrastructures, qui en font un « hub » idéal pour exporter sur tout le continent, premier marché mondial ; la taille et le dynamisme du marché intérieur ; la stabilité de la réglementation et la qualité de l’environnement des affaires ; la qualification des salariés et la productivité du travail ; le tissu industriel, l’innovation et la R&D ; sans oublier la qualité de vie, la beauté des paysages et la richesse du patrimoine.

Q3 : Le français est-il encore un outil de soft power à l’heure de la digitalisation de l’économie ?

Le français demeure aujourd’hui l’un des principaux atouts du soft power exercé par notre pays. Il est l’une des six langues officielles et l’une des deux langues de travail des Nations Unies.

Langue officielle dans 32 pays, parlé par 220 millions de francophones, le français est présent sur tous les continents. La démographie africaine en fera même une langue partagée par 750 millions de personnes à l’horizon 2050.

Si la langue technique de l’économie digitale est l’anglais, le nombre considérable et croissant de francophones à travers le monde favorise l’essor des échanges et de la littérature en français : notre langue a donc toute chance de demeurer un vecteur d’influence et de prestige dans les décennies à venir.

Q4 : Avez-vous des conseils à formuler à l’attention des dirigeants de PME/PMI qui souhaitent franchir les frontières hexagonales ?

Exporter n’est pas un simple objectif qu’un dirigeant confie à l’un de ses services ; c’est un projet qui implique l’entreprise dans son ensemble et doit être intégrée dans sa stratégie globale. Tous les salariés doivent se sentir concernés et faire leur cette ambition. Il s’agit de faire de l’entreprise une entreprise internationale et pas simplement de rechercher quelques débouchés à l’étranger.

Il faut ensuite bien préparer son plan d’action, en examinant les marchés potentiels sous tous les angles : proximité géographique, barrières tarifaires à l’entrée, situation concurrentielle, normes et régulations, etc. Les business plan doivent être faits sur-mesure, en tenant compte notamment des caractéristiques culturelles, de l’environnement des affaires et du réseau de distribution. Ils doivent aussi être actualisés en permanence pour tenir compte des opportunités à saisir, des évolutions des marchés et du rythme d’insertion en leur sein. Notre nouveau dispositif veillera à répondre à ces enjeux.

Il convient également de veiller à ce que le produit ou le service soit adapté au marché, au pouvoir d’achat de la population et au contexte réglementaire. Et qu’il se différencie en quelque façon de la concurrence locale, dans sa forme, par exemple, ou dans ses fonctionnalités. Notre accompagnement permet de tester cela auprès des clients potentiels dans de nombreux marchés.

Enfin, l’export demande patience et longueur de temps. Deux ans sont bien souvent nécessaires pour établir des flux commerciaux réguliers. On ne noue pas des relations personnelles avec des partenaires locaux du jour au lendemain. La persévérance est indispensable. Nous serons demain, encore plus qu’aujourd’hui, aux côtés des PME françaises durant toute cette phase d’amorçage.