L'intelligence économique appliquée, par Alain Juillet

Toulouse

Conférence d'Alain Juillet : L’intelligence économique appliquée pour comprendre le monde et réussir à l’export

Première conférence de l’année pour Kassar International autour d’Alain Juillet, venu parler d’intelligence économique, de la réalité du monde et du caractère impitoyable du monde des affaires. Entre co-opétition, secteurs porteurs, marchés émergents, individualisme croissant et éthique en berne ...

David Kassar et Alain Juillet

Pour inaugurer son cycle de conférences-rencontres 2013, Kassar International accueillait Alain Juillet, pionnier de l’intelligence économique en France et qui fut, notamment, Directeur du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et Haut responsable en charge de l’Intelligence Economique au Secrétariat Général à la Défense Nationale (SGDN). En évoquant le concept d’intelligence économique appliquée, l’importance de la connaissance interculturelle et la nécessaire vigilance du chef d’entreprise, Alain Juillet a brossé un aperçu sans artifice et langue de bois de l’état du monde. Aujourd’hui et dans 20 ans. Pour ne pas se laisser dépasser, il faut s’informer et savoir réagir. Vivifiant !

L’intelligence économique appliquée, mode d’emploi

Articulée autour d’un tryptique Veille/Protection/Influence, l’intelligence économique est usuellement définie comme l’ensemble des activités coordonnées (et l’ingéniérie associée) de collecte, de traitement, d'analyse, de valorisation et de diffusion de l'information utile aux acteurs économiques pour un éclairage et une aide à la décision.

Dans un contexte d’économie désormais mondialisée et de concurrence exacerbée, le dirigeant de PME doit être curieux et humble, pragmatique et ouvert. A l’heure de l’internet, il doit s’informer, mais surtout savoir décrypter et utiliser l’information, prendre le temps, malgré le quotidien et le fameux « nez dans le guidon », d’approfondir afin de savoir réagir et s’adapter. Grâce à internet, l’entreprise a les moyens de rester pointue et performante, de se différencier et d’être en phase avec ses marchés. « Et s’il n’y a pas de marché chez vous, allez le chercher ailleurs plutôt que de casser les prix dans une vision court-termiste » ajoute Alain Juillet. La PME ne peut pas vivre en circuit fermé. Si elle doit se méfier, « tout concurrent est un ennemi », elle doit aussi savoir se regrouper et savoir, parfois, collaborer : c’est le concept de co-opétition, savant mélange de compétition et de collaboration. Mais elle doit s’ouvrir sur le monde car c’est le monde qui va la sauver ! « Il faut prendre conscience que notre pays a vécu sa grande époque, l’Europe et les Etats-Unis perdent pied face aux puissances émergentes. Il faut arrêter de gémir sur son sort et aller vers les marchés potentiels avec des produits et services efficaces et pertinents » exhorte Alain Juillet. Mais il faut apprendre à le connaître, ce vaste monde, en intégrant par exemple les spécificités culturelles et comportementales. Qu’on soit au fin fond des Etats-Unis où le poids des traditions reste prégnant, en Arabie Saoudite où on attend la tombée de la nuit pour se connaître et faire confiance ou en Chine où on ne dit jamais non. Et pourtant ...

Coface

Les enjeux, les risques et la réalité de l’international

La Chine, justement. Entre eldorado et menace. Longuement et souvent évoquée au cours de la soirée, la Chine cristallise beaucoup d’espoir d’export au vu du colossal marché d’un pays qui aspire à atteindre le niveau de vie occidental, mais qui n’a pas le temps d’inventer et va donc préférer copier. Ou récupérer un savoir-faire. Ainsi, il y a quelques années à Calais où les Chinois ont tenté de racheter les machines introuvables ailleurs, puis, se rendant compte qu’ils avaient aussi besoin du savoir-faire, de débaucher les ingénieurs locaux afin de produire de la dentelle à bas coût et d’inonder le marché mondial jusqu’à ce que le gouvernement français réagisse, alerte les familles calaisiennes et classe le tout au titre du patrimoine national pour contrer l’opération chinoise ! « Il faut avoir à l’esprit que les Chinois sont formatés au jeu de Go, où la tactique est d’encercler l’adversaire pour le forcer à servir, et non au jeu d’échecs pour le mettre KO ! Il n’y aura donc jamais d’attaque frontale, ni de non catégorique, mais il ne faut jamais y dévoiler sa technologie sous peine de tout perdre ! » précise Alain Juillet. D’ailleurs, comment Coca-Cola réussit-il à s’en sortir si ce n’est en gardant jalousement gardé le secret de la recette du « 7X » ? Déplorant parfois le côté « enfant de chœur » de l’entrepreneur ou cadre français, Alain Juillet a ainsi cité plusieurs cas véridiques de chambre d’hôtel visitée et d’invitation à déjeuner après une matinée de négociation permettant en fait à la secrétaire de copier l’ensemble des documents et ordinateur laissés en toute confiance. La solution : toujours garder sur soi les informations confidentielles et se méfier… Le monde des affaires est impitoyable !

Conférence

 

Cocktail

 

De l’état du monde

Rebondissant sur un rapport rendu récemment public aux Etats-Unis, Alain Juillet a évoqué l’état du monde et son évolution. Qui tend vers l’avènement d’une société de plus en plus individualiste, ce qui pose problème, dans nos sociétés occidentales mais notamment en Chine car cela casse le modèle chinois traditionnellement grégaire. Dans l’entreprise, cela se traduit par une perte de sentiment d’appartenance et une infidélité croissante (dans le temps mais aussi dans la tentation de vendre des informations…), liées en partie au fait que les salariés sont aussi parfois considérés comme des « variables d’ajustement » en temps de crise. Et tout comme au niveau social, se côtoieront demain des très riches et des très pauvres, consacrant la disparition progressive des classes moyennes, il y aura demain des très grandes et des très petites entreprises. Qui devront être informées, adaptables et compétitives. Avec un vrai positionnement. Sait-on assez que le premier secteur qui rapporte le plus à la France au niveau du commerce extérieur est l’agro-alimentaire ? Loin devant les avions ou les centrales nucléaires et donc essentiellement grâce à l’activité de petites entreprises qui œuvrent dans un secteur « historique » de savoir-faire français. Ce qui n’empêche pas de devoir se poser des questions sur la lisibilité de l’offre française : « comment un étranger peut-il comprendre la différence entre les quelques 1400 dénominations et 460 appellations relatives aux vins français alors que les vins du Nouveau Monde se résument en Chardonnay et Pinot noir ? ». La spécificité française a son charme et sa valeur mais doit rester accessible et lisible si l’on veut réussir à l’export !

C’est pourtant autour de Champagne bien français et de quelques vins de Bordeaux encore inégalés que la soirée s’est poursuivie pour des échanges denses entre les participants et l’orateur. Car même si on peut déplorer la perte d’éthique dans l’entreprise et dans le monde, on ne peut pas reprocher de maintenir une tradition de convivialité ! Prochaine soirée-conférence le 14 mars !

Alexandra Foissac, Communication Kassar International