Aide au développement et à l'accompagnement à l'étranger avec Pierre-André Woltzer et Bernard Raynaud

Toulouse

Conférence de Pierre-André Wiltzer: du rôle d’une agence à la position de la France dans l’échiquier mondial, la vision d’un ancien président de l’AFD

Le 19 décembre, le cabinet Kassar International organisait une rencontre économique et invitait Pierre-André Wiltzer, ancien président de l’Agence Française de Développement, pour évoquer les interventions et dispositifs existants en matière d’aide au développement et d’accompagnement des acteurs privés et publics à l’étranger. L’occasion de rappeler l’histoire de l’AFD et d’évoquer le rôle de la France dans le monde et les enjeux de développement du continent africain.

En cette fin d’année, David Kassar accueillait un invité de marque, en la personne de Pierre-André Wiltzer, Président de l’Agence Française de Développement jusqu’en 2010, et expert de l’aide au développement et des questions africaines.

L’AFD, une agence nationale, des missions d’appui et 2.6 milliards d’euros

Devant une assistance captivée, l’ancien ambassadeur et ministre délégué à la coopération a tout d’abord rappelé ce qu’était l’Agence Française de Développement, quelles étaient ses missions et ses valeurs. On le sait peu mais l’AFD a été créée en 1941 à Londres par le Général de Gaulle sous le nom de Caisse Centrale de la France Libre, en substitution à la Banque de France et afin de gérer les questions financières et monétaires notamment parce qu’une partie de l’Empire avait décidé de reconnaître l’autorité du Général. Devenue à la fin de la guerre la Caisse Centrale de l’Outremer, puis la Caisse Centrale de Coopération Economique et enfin, plus récemment une Agence intervenant comme opérateur pour le compte du Ministère, dotée de compétences élargies et de moyens humains conséquents (1700 employés dont 700 sur le terrain), l’AFD représente aujourd’hui l’expertise française publique en matière d’aide au développement.

A travers des prêts, des subventions, des fonds de garantie ou des contrats de désendettement, l’AFD accompagne ainsi des projets de développement dans les pays du Sud. Intervenant dans 70 pays (Afrique notamment sub-saharienne, Asie, Amérique latine, Outremer…), l’AFD a apporté 6.8 Milliards d’euros en 2011 à des projets d’urbanisme, de santé, d’assainissement ou d’éducation. Avec toujours un accent fort mis sur le développement durable et responsable tant au niveau de l’environnement que social et notamment quand il s’agit de projets dans des pays plus avancés, tels que le Brésil ou la Chine.

En 1977, l’AFD a créé une filiale, la PROPARCO, dédiée au financement du secteur privé et chargée d’intervenir en capital-risque pour renforcer les fonds propres d’entreprises impliquées dans le champ d’intervention de l’AFD. 300 clients, un portefeuille de 2.6 milliards d’euros fin 2011, et surtout une ambition : financer des projets privés ayant un impact réel sur le développement local tout en respectant l’environnement, une valeur devenue centrale à l’AFD et dans sa filiale.

L’appui à l’international, un écosystème complexe

Evoquant brièvement l’environnement, complexe, des structures intervenant autour de l’accompagnement à l’export, Pierre-André Wiltzer a rappelé les rôles respectifs d’Ubifrance, du réseau des Chambres de Commerce à l’étranger, de la Coface ou d’Oséo. Auxquels il faut ajouter le FASEP ou les VIE cofinancés en partie, en Midi-Pyrénées en tout cas, par la Région. De l’avis unanime, le système français est jugé trop complexe et certaines positions parfois surprenantes. En Afrique, la situation apparait ainsi paradoxale aujourd’hui. Après avoir investi longtemps (à perte) en Afrique francophone, la France semble, aux yeux des observateurs locaux, battre en retraite… au moment où un retour sur investissement semble possible, alimenté par le développement du continent. Car après les années d’afro-pessimisme, l’heure est désormais à l’engouement pour ce « nouveau Far-West » auquel commencent d’ailleurs à s’intéresser la Chine ou les Etats-Unis. Appelant à une remobilisation vers l’Afrique tout en déplorant les clichés trop souvent véhiculés sur ce continent qui réunit 54 pays, Pierre-André Wiltzer a conclu sur le « gap » de financement (entre la micro-finance et les projets à plusieurs dizaines de milliers d’euros) qui empêche parfois les entreprises françaises d’oser se lancer sur ces marchés complexes. Il faut dire qu’à l’inverse des l’Allemagne, il n’est pas usuel ici de voir des grands groupes emmener dans leurs bagages des PME à l’export. Si c’est sans doute culturel, il reste que selon Mr Wiltzer, « ce n’est pas le moment d’être timoré » !

Après cette conclusion offensive, place a été donnée au cocktail convivial, temps d’échanges privilégiés et de discussions à bâtons rompus entre les participants et l'orateur. Pour sa prochaine rencontre, prévue le 24 janvier, le cabinet Kassar International accueillera Alain Juillet, ancien dirigeant d’entreprises et haut fonctionnaire et surtout pionnier de l’intelligence économique. Un beau débat en perspective !